“Des contre-pouvoirs efficaces sont nécessaires pour faire fleurir la démocratie” dixit BAH Oury

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Didon ! Ce Bah Oury, vice-président de l’UFDG, n’a pas son deux dans le landerneau politique guinéen. Dès qu’on lui tend un dictaphone, il feint d’oublier qu’on est dans la Guinée de Goby Condé pour user de sa liberté de parole et dire ses vérités qui coïncident parfois à certaines de vos vérités. Hier soir, on le rencontre au jardin du Luxembourg à Paris, on se risque à le titiller sur une banale question. Et hop ! Bah Guérrémassoye se met à répondre à toutes vos questions…


Benn Pepito : Le jeudi 9 octobre dernier, sur France 24, on vous a vu et entendu soutenir l’importance du processus politique en Guinée. Et en prenant à rebours beaucoup d’analystes politiques, vous avez appelé les Guinéens à aller voter et à protéger leur vote à cette présidentielle du 11 octobre. Pourquoi ce subit revirement politique de votre part ?

Bah Oury : Il n’y a pas eu de revirement. C’est une continuité. Avant l’organisation effective des ces élections, j’avais demandé à ce que la population reprenne son destin notamment sa souveraineté entre ses mains pour exiger le changement parce que tout était ficelé pour que les élections ne soient pas du tout l’expression du suffrage de la grande majorité de nos compatriotes. J’avais dit que l’exemple du Burkina était un bel exemple duquel les Guinéens devraient s’inspirer. Comme la réalité nous le montre, les élections étaient proches et donc demander à la population de s’abstenir c’est déjà dans une certaine mesure faire reculer le processus de l’implication des citoyens dans l’exercice de leur propre souveraineté. Quelle que soit la manière dont ces élections sont organisées, il faut que pour la pédagogie, pour l’expérience que les Guinéens montrent qu’ils tiennent à exprimer leur droit de citoyen, qu’ils tiennent à voter et qu’ils n’entendent pas qu’on leur usurpe ce droit. Et je pense que de ce point de vue c’est quelque chose de très important qu’il faut retenir. La grande majorité de nos compatriotes ont exprimé, ont voulu exprimer leur droit à la citoyenneté c’est-à-dire au droit de vote. C’est la CENI qui par incompétence, par volonté délibérée de saboter le processus électoral n’a pas permis aux gens, à certaines populations ou à certaines régions de jouir de ce droit de vote. Mais tous les commentateurs, tous les observateurs internationaux ont salué la propension de la grande majorité des Guinéens à aller voter malgré un contexte organisationnel qui était désastreux.


On parle de mascarade. Et dans cette mascarade électorale qui effiloche ainsi l’opposition, ce sont surtout les propos intimidants, menaçants, insultants, des ambassadeurs des Etats-Unis et de la France, du représentant de l’Union européenne et du procureur de la CPI contre les candidats opposants qui choquent.

Lorsqu’on voit l’instant où celle-ci se fait, on oublie beaucoup d’aspects qui ont amené la communauté internationale à douter de la crédibilité et du sérieux des candidats de l’opposition. Je m’explique. Le 23 mars 2015, à Paris, El hadji Cellou, Sidya Touré et Lansana Kouyaté avaient signé une déclaration, dite la déclaration de Paris, qui indiquait explicitement que M. Alpha Condé a perdu toute légitimité de prétendre continuer à gouverner la Guinée. Et son maintien au pouvoir est une menace à la stabilité et à l’unité du pays. Avec des arguments bien étayés qui justifiaient cette position. De retour à Conakry en avril 2015, suite à cette importante déclaration, des manifestations ont été organisées. Et le 14 avril on avait dénombré 6 morts parmi les manifestants réprimés. Et la population de Conakry majoritairement avait suivi ce mot d’ordre qui apparaissait pour beaucoup de nos compatriotes comme une demande de changement de gouvernance ici et maintenant. Le lendemain ou surlendemain 15 ou 16 avril, le ton avait changé du côté des dirigeants de l’opposition. Qui disaient que maintenant on manifeste pour exiger que les élections communales interviennent avant les élections présidentielles. Et le double discours dissonant par rapport au texte initial avait fait douter nos compatriotes de la volonté réelle d’impulser un processus de changement. Et la communauté internationale a vu à travers ces va-et-vient, un certain manque de cohérence et qui a contribué à décrédibiliser les revendications de l’opposition. Et ça faisait les affaires politiques de M. Alpha Condé. Donc si aujourd’hui, ces ambassadeurs se comportent ainsi parce que, peut-être, il y a eu des manquements, une certaine inconstance dans la chose politique qui fait que ceux-là puissent se permettre de manquer de respect à des dirigeants politiques de grande envergure. Puisqu’ils sont représentants d’une fraction importante de la communauté nationale guinéenne et que ces diplomates leur manquent de respect. Cela veut dire que c’est eux-mêmes qui ont prêté le flanc jusqu’à ce qu’on en arrive là. Lorsque les gens disent que c’est la communauté internationale qui n’aime pas l’opposition. Je dis, non. La communauté internationale a des critères d’évaluation de la situation du pays. Leur objectif premier : c’est la recherche de la stabilité. Les va et vient et le manque de cohérence des discours de l’opposition ont facilité la rupture entre cette communauté internationale et les dirigeant de l’opposition. Qui est fautif ? Est-ce que c’est la communauté internationale qui est fautive ? Ou est-ce que les fautifs ce sont les dirigeants de l’opposition eux-mêmes qui ont manqué de respectabilité par rapport à leur position initiale pour imposer un respect de leur choix à cette communauté internationale ?


Et pourtant pour certains commentateurs, cette communauté internationale cherche plutôt à préserver les intérêts des multinationales et de la mafia internationale.

C’est trop dire ! Le crédo de la communauté internationale c’est la stabilité. Cela ne veut pas dire que c’est la communauté internationale qui va se battre à la place des Guinéens pour qu’il y ait justice, pour qu’il y ait démocratie. Peu lui importe. Ce qui lui importe, c’est la stabilité. Parmi les prétendants à la présidence guinéenne, lequel ou laquelle est le mieux en mesure d’assumer cette stabilité ? Et dans le contexte actuel, il y a une prime d’emblée qui est accordée à celui qui est déjà effectivement au pouvoir par rapport à d’autres qui essayent de conquérir ce pouvoir. Les errements de nos dirigeants de l’opposition, avec des accords politiques qui ne sont pas respectés, ont fait qu’ils se sont disqualifiés aux yeux d’une certaine partie de la communauté internationale. Donc les intérêts mafieux comme on dit c’est secondaire. Si c’est l’opposition qui était en mesure d’incarner une possibilité de stabilisation du pays dans le contexte actuel, il va de soi, je suis certain, que cette communauté internationale allait la soutenir comme elle a soutenu dans d’autres pays les forces de l’opposition pour qu’elles aillent pour le changement.


M. Kassory Fofana gage que l’opposition aura du mal à se réveiller de leur hyper KO qui la met hors combat et hors compétition…

Il y a deux choses qu’il faut distinguer : il y a les candidats d’un côté, il y a l’opposition de l’autre. C’est vrai que les candidats auront à expliquer leur choix, la stratégie qu’ils ont adoptée pour accepter d’accompagner un processus politique qui les avait déjà dans une large mesure marginalisés. Donc de ce point de vue M. Kassory Fofana peut avoir raison. Et M. Kassory Fofana n’a pas raison. Parce que la volonté de changement exprimée par la population guinéenne par l’engouement pour aller participer à ces élections d’une part et de l’autre côté la manière visible de désorganisation et de fraudes qui a été constatée par-ci par-là par la grande majorité des citoyens, devraient ramener même la partie entre guillemets « gagnante » de ces élections à faire preuve de modestie et d’humilité. Parce qu’en fin de compte ils n’ont pas prouvé qu’ils avaient réellement été choisis par la grande majorité de nos compatriotes.


Croyez-vous, avec le recul, que l’opposition se devait de participer à cette présidentielle du 11 octobre 2015 ?

Moi, j’ai toujours dit qu’aller à ces élections dans les conditions actuelles ce serait contribuer à accompagner M. Alpha Condé au pouvoir pour un second mandat. Que ce soit par le biais de candidats multiples ou par le biais d’une candidature unique de l’opposition. La preuve est donnée que si c’était dans le cadre d’une candidature de l’opposition avec le score qu’on a constaté des uns et des autres, l’opposition n’aurait pas eu la majorité et M. Alpha Condé aurait pu comme à l’heure actuelle se donner 58% du corps électoral et l’emporter dès le premier tour. C’est pour cela que je leur avais dit que quelle que soit la forme selon laquelle on allait procéder, le processus électoral est tellement ficelé d’avance qu’un second mandat dans ce contexte est dores et déjà acquis à M. Alpha Condé dès le premier tour. Ils n’ont pas voulu entendre raison. Ils ont persisté. Et en fin de compte comme tout le monde a dit : « on va aux élections… », moi aussi j’ai dit à la population de ne pas abdiquer devant son droit souverain, d’aller voter. Aujourd’hui le résultat est là. Et maintenant ces candidats, leaders politiques, doivent avoir l’honnêteté morale, l’honnêteté politique de reconnaître qu’ils ont eu tort, de reconnaître qu’ils ont eu une stratégie qui a mis le processus politique guinéen dans l’impasse et différé les aspirations au changement à je ne sais quand. Donc ils ont une responsabilité morale, une responsabilité politique vis-à-vis de leurs militants et de la nation guinéenne entière. Et cela ne doit pas être masqué sous prétexte que c’est la communauté internationale qui a imposé le candidat Alpha Condé ou autre chose. Ils ont fait des choix politiques, ils ont eu des stratégies qui ont conforté la stratégie politique de M. Alpha Condé. Et de ce point de vue ils ont des comptes à rendre à leurs partis et à leurs militants.


Il y a quand même quelque chose d’intrigant : c’est la puissance de manipulation et de fabulation de l’usufruitier de cette autre présidentielle à cornaquer RFI, l’Union européenne, les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, le procureur de la CPI. Ça intrigue, non ?

Je pense qu’il y a un manque de respect par rapport aux principes démocratiques de manière générale. Il y a une atteinte dans une certaine mesure à la souveraineté du peuple guinéen. Je trouve qu’ils ont outrepassé les limites. Le procureur de la CPI devrait avoir une attitude impartiale et neutre. La CPI aurait eu plus de crédibilité si, après les violences constatées et enregistrées par le passé, elle s’était soulevée pour les dénoncer mais ça n’a jamais été le cas. Donc la position de la CPI aujourd’hui : elle est affaiblie. Moralement, elle est affaiblie. Comme ça a été le cas de la position à un moment donné de la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie. Lorsque Mme Michaëlle Jean était passée à Conakry, elle avait discrédité l’institution Francophonie. Parce qu’il y avait un parti-pris flagrant en faveur des thèses défendues par le pouvoir en place.


Est-ce que ça ne prouve pas en partie la puissance de manipulation et de fabulation du pouvoir d’Alpha Condé ?

Non ! Moi, je ne veux pas rejeter la faute sur d’autres. Je veux voir d’abord si quelque chose n’a pas fonctionné comme je le souhaite, j’essaie de comprendre si les facteurs internes qui ont permis à ce que cela soit doivent être privilégiés au détriment des facteurs externes. Les facteurs internes, c’est quoi ? Est-ce que les leaders de l’opposition ont fait le travail qu’il fallait faire pour sensibiliser l’opinion internationale sur la gouvernance globale de M. Alpha Condé, sur les violences des droits de l’homme, sur une certaine mauvaise gouvernance économique. Est-ce qu’ils ont pris le soin de faire en sorte que la volonté de changement du peuple de Guinée soit perçue de la manière la plus objective pour tous les acteurs internationaux ? J’ai des doutes à ce niveau là. La plupart du temps chacun cherche à défendre son égo au détriment de l’autre qui est aussi dans l’opposition. Et cela a discrédité dans une large mesure l’opposition. MM. Sidya Touré et El hadj Cellou Dalein Diallo, au lieu de converger dans la même attitude, au lieu de se donner la main avec les autres par rapport à la mise en lumière des méfaits de la politique économique, de la politique sociale, de la politique des droits de l’homme de M. Alpha Condé, ont passé le temps à se dire : « Pourquoi pas moi ? Pourquoi l’autre ? » Ça a donné le champ libre à M. Alpha Condé de se présenter comme le garant de la stabilité de la Guinée. Et ça ce sont des choses qui comptent dans le cadre des critères de cette communauté internationale. C’est pour vous dire qu’il faut qu’on soit très que lorsqu’on subit un échec, il ne faut pas dire que c’est la faute de l’autre mais d’abord est-ce qu’à mon propre niveau je n’ai pas commis des fautes qui ont fait que ceci a pu être. Si on privilégiait cette approche ça nous permet de faire un diagnostic sérieux, constructif pour que par la suite on puisse corriger, tirer les leçons et aller de l’avant. Mais la fuite en avant qui consiste à dire : « Moi, j’ai fait ce que je pouvais, je suis très bien comme ça, c’est les autres qui n’ont pas voulu de moi…», je pense que c’est une attitude facile qui ne correspond pas à la réalité et qui ne montre pas un niveau de responsabilité par rapport aux enjeux et au désarroi de nos populations.


Les ragots disent qu’il cherche aussi à vous cornaquer par le truchement de Chantal Colle qui aurait réussi à défroquer et à basculer l’homme d’affaires Amadou Oury Diallo dit Sadakaadji dans le camp du régime en place. Est-ce que Chantal Colle vous a contacté avant ou après cette présidentielle controversée du 11 octobre ?

Bon ! De la même manière que j’ai discuté avec Benn Pepito sur les affaires guinéennes. Parce que c’est une personne avisée qui s’intéresse à son pays. De la même manière, de temps en temps, j’échange des coups de fils avec Chantal Colle qui est une personne très active, très dynamique, grande amie de Elhadj Cellou Dalein Diallo, président de l’UFDG, et avec qui j’échange. J’échange avec Tibou Kamara, avec d’autres aussi. Cela veut dire que j’échange avec les personnes qui estiment qu’il y a au niveau de Bah Oury des aspects sur lesquels elles peuvent fonder soit des approches complémentaires ou exprimer des différences. C’est tout à fait normal. Bien ! Maintenant, je n’ai jamais eu une discussion allant dans le sens de me faire cornaquer par qui que ce soit. Bah Oury est un esprit libre qui fonctionne selon des critères objectifs et qui dit ce qu’il pense. Et de ce point de vue je dois vous dire qu’il y en a certains qui ont lancé des pavés pour faire croire que Bah Oury serait en train de négocier secrètement avec M. Alpha Condé par le biais de Chantal Colle. Je dis que ce n’est pas le cas. Si j’ai à négocier avec M. Alpha Condé ce serait dans le sens de l’intérêt de la Guinée, de l’intérêt de l’UFDG, et d’une approche qui prendrait en compte des questions d’éthique que je défends. Pour le moment ce n’est pas le cas. Demain ça peut être le cas. Parce que je considère qu’il est de ma responsabilité de me battre pour que les détenus soient libérés. Il est de ma responsabilité pour voir mon pays évoluer dans une dynamique de décrispation politique pour qu’on puisse actualiser nos maigres ressources dans le sens du développement de ce pays, de la concorde nationale, et puis aussi du renforcement des idéaux démocratiques qui nous animent depuis très longtemps. Ce n’est pas de gaieté de cœur que je vois des enfants guinéens quitter la Guinée, aller mourir à Lampedusa, devenir des réfugiés. Je veux que mon pays soit un pays qui compte. Et aujourd’hui M. Alpha Condé est en situation de responsabilité, je ne peux ignorer ce fait. Donc il est l’interlocuteur privilégié pour faire en sorte que la Guinée puisse avancer. Si je veux discuter avec qui que ce soit, je ne vais pas jeter une possibilité de discussion avec le premier responsable du pays sur le sort de mon propre pays. Mais pour le moment, je n’ai pas de contact ni de près ni de loin ni avec des émissaires de M. Alpha Condé. Rien de tout cela. C’est de l’affabulation que certains fabriquents, comme d’habitude pour me nuire. Ils pensent ternir mon image auprès des militants mais je pense que c’est peine perdue.


Quelle est votre vision du devenir de l’UFDG ? En fait, on vous accuse de vouloir jouer le jeu du pouvoir qui vise à diviser les militants de l’UFDG pour bien trôner !

Certains le disent parce qu’ils ont peur. Mais moi, je suis exilé. Je suis une victime de la politique de M. Alpha Condé. En quoi M. Alpha Condé peut-il m’utiliser contre mon propre parti ? Ce n’est pas possible. Maintenant je sais qu’un éventuel retour de Bah Oury inquiète certains en Guinée et dans mon propre camp. Comment peut-on comprendre que des responsables et des militants de l’UFDG soient incarcérés, que le numéro 2 du parti soit en exil et que la direction du parti n’ait pas pu faire quelque chose pour prendre en compte cette situation dans le cadre des négociations qu’ils ont eues avec le pouvoir pendant cinq ans ? Il y a quelque chose qui est aberrant. Ceci explique cela.


Etes-vous intéressé à être le candidat de l’UFDG à l’élection présidentielle de 2020 ?

Je n’exclus aucune hypothèse. Je suis un homme politique. Je veux faire en sorte que le projet politique que je défends et que j’ai toujours défendu soit demain au pouvoir. Et dans le contexte actuel, il n’y a pas de raison que je ne puisse pas penser que demain je puisse être porteur de ce projet pour l’intérêt de la Guinée et l’intérêt de l’UFDG.


Si aujourd’hui Alpha Condé accède à toutes vos doléances politiques et vous tend la main pour aller travailler avec lui, accepterez-vous en tant que numéro 2 de l’UFDG ?

La question n’est pas précise. Parce que moi ce que je demande : je souhaite être dans mon pays. Et comme d’autres qui sont exilés ou qui sont emprisonnés, êtres libres et jouir de nos droits civiques en toute sécurité pour assumer les responsabilités qui sont les nôtres dans le cadre de nos partis politiques, pour faire émerger et renforcer en ce qui me concerne l’UFDG dans une vision d’une opposition solide, constructive, pour faire en sorte que le projet que nous avons puisse se traduire dans les faits. Et par rapport au parti en faire une institution forte. Pas pour Bah Oury. Pas pour El hadj Cellou. Mais une institution forte pour la Guinée. Pour qu’on puisse jouir de toutes nos libertés dans un pays apaisé politiquement et où ses enfants, quelle que soit leur origine ethnique, quel que soit leur niveau de compétence, puissent travailler, apporter leur contribution. Pour que nous soyons un pays qui compte dans la région, un pays qui rattrape son retard. Je suis très intéressé à faire le mieux pendant que j’ai encore la force et la vigueur physique dans ce sens. Maintenant apporter sa contribution au pays ne veut pas dire aller travailler dans les instances avec le gouvernement en place. Dans un pays, sa stabilité suppose une combinaison harmonieuse et efficace entre le pouvoir et les contre-pouvoirs. Un pouvoir sans un contre-pouvoir solide, c’est un pouvoir qui va à la dérive le plus rapidement possible. Surtout dans un terreau de dictatures et de mal gouvernance. Et la Guinée est dans ce cadre. Les gouvernants baignent dans une ambiance, dans un terreau propice à l’émergence de la dictature, de la mauvaise gouvernance. La faiblesse est du côté du contre-pouvoir efficace et fort pour rappeler au pouvoir dans ses actions et son attitude qu’il y a des dérives et qu’il faut arrêter. Rappeler au pouvoir qu’il faut stopper et changer d’attitude. A noter la crise politique dans laquelle nous vivons, la dérive du processus électoral telle qu’elle a été constatée, cette CENI incompétente qui a saboté le suffrage des électeurs guinéens. C’est vrai que le pouvoir a sa responsabilité mais les partis politiques de l’opposition ont les leur également. Parce que pendant ces cinq ans passés ce n’est pas seulement le pouvoir qui a fait ceci. Il y a des forces de l’opposition qui ont laissé faire ou qui ont consolidé ou validé les choix faits à un moment donné par le pouvoir en place. Donc en définitive la faiblesse des contre-pouvoirs est un risque qui peut amener le pouvoir en place à aller facilement dans la catastrophe comme c’est le cas actuellement dans l’organisation de ce processus électoral. C’est valable aussi dans le cadre des autres aspects de la vie nationale. Sur le plan économique, il y a des dérives. Mais vous n’entendrez jamais les leaders politiques de l’opposition stigmatiser de manière efficace, argumentée les manquements graves à l’éthique, les choix économiques qui ne vont pas dans le sens des intérêts de notre pays à court terme ou à long terme.


Le régime autarcique d’Alpha Condé suspend « pour faute lourde » Ismaël Traoré, Yamoussa Sidibé et Fodé Tass Sylla, trois hommes liges du régime qui bossent au département de la communication. Le décret présidentiel leur reproche d’avoir saboté la couverture de la cérémonie de publication des résultats de la farce présidentielle du 11 octobre passé !

Je ne savais pas les raisons pour lesquelles ces messieurs ont été limogés. Mais j’avoue qu’en tant que citoyens guinéens, mon épouse et moi, on était devant la télévision pour regarder et écouter la publication de ces résultats. On était étonnés de n’avoir pas le son, de ne rien comprendre. On voyait des images mais il n’y avait pas de son. On a cru que c’était notre télé (rire !) qui ne fonctionnait pas. Donc c’est vous qui m’expliquez les raisons pour lesquelles ils ont été limogés. Et je pense en toute honnêteté, qu’ils auraient pu constater que le son ne passait pas. Au lieu de rester de longues minutes sans donner une explication aux téléspectateurs qui sont un peu partout à travers le monde, ils auraient pu autoriser un journaliste à faire des commentaires pour pallier à cette absence de son qui peut avoir une origine technique. S’ils n’ont pas fait ça, je constate que c’est une faute politique majeure. Il y va de l’image du pays où pour couvrir un événement aussi important, la télévision n’est pas à la hauteur alors que le monde entier est à l’écoute. Je trouve que c’est une faute majeure. Une sanction positive ou négative est un élément essentiel dans le cadre d’une société pour qu’elle progresse, pour qu’elle accepte de se remettre en cause. C’est pour cela aussi qu’en politique lorsqu’on participe à des élections une fois, deux fois et qu’on échoue, il faut avoir la hauteur d’esprit de se demander quelle sanction positive ou négative on se donne d’abord soi-même en tant que dirigeant ou en tant que simple militant, en fonction de son éthique, sans attendre que ce soit d’autres forces ou l’environnement qui nous imposent une sanction d’une manière ou d’une autre. Il faut qu’on accepte si on veut progresser lorsqu’il y a des fautes qu’elles soient sanctionnées. Et lorsqu’il y a des choses qui se font correctement qu’elles soient récompensées positivement. C’est comme ça que l’excellence peut émerger, et que les compétences peuvent être mises en avant.
Propos recueillis par
Benn Pepito
Envoyé impartial

 

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