Déguerpissement à Conakry: Une Méthode Injuste Et Inacceptable

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Le déguerpissement des emprises de la voie en publique, en cours depuis plusieurs jours à Conakry, suscite des réactions au sein de la classe politique guinéenne. L’opposant Bah Oury, président du parti UDRG, juge cette opération lancée par les autorités guinéennes « injuste et inacceptable ».

 

Il y a quelques jours, le gouvernement guinéen a lancé une opération de déguerpissement visant à dégager ce qu’on a appelé les « encombrants physiques » aux abords des routes à Conakry. Des machines sillonnent la ville pour démolir maisons, boutiques, et tout ce qui se trouve sur le périmètre concerné. Cette opération, qui a déjà fait de nombreuses victimes, ne laisse pas indifférent le leader de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG). Dans un entretien qu’il a accordé à Guineematin.com ce lundi, 8 février 2021, Bah Oury a exprimé son indignation face à cette situation. Pour lui, c’est l’État guinéen lui-même qui est responsable de l’occupation anarchique des emprises de la voie publique.

 

« Les autorités guinéennes, depuis très longtemps, ont toujours l’habitude de détruire les concessions des citoyens sous prétexte que les occupants sont dans les réserves foncières de l’État. On laisse les gens s’installer aux abords de trottoirs jusqu’à prendre l’emprise des routes en mettant des kiosques et des boutiques, voire des maisons. Tout ça au vu et au su de toutes les autorités déconcentrées, de l’administration du territoire, de l’administration de la ville et des chefs de quartier. Sans que personne ne prenne la situation pour empêcher ces occupations anarchiques.

 

Donc, cela veut dire que l’État, dans sa manière de faire, dans sa gouvernance, est responsable de la situation puisqu’il y a des agents de l’État qui sont payés pour veiller à faire respecter l’intégrité des patrimoines publics. Et quotidiennement, des chefs de quartiers, des conseillers communaux, des services déconcentrés, arborent les routes pour voir si les gens occupent des espaces qui ne seraient pas corrects. En d’autres termes, on a laissé faire et ça, c’est la responsabilité des pouvoirs publics ».

 

D’ailleurs, ajoute l’opposant, l’État n’a pas seulement laissé faire. Il a aussi été complice de cette situation. « Lorsque vous avez des boutiques ou bien des conteneurs au bord des routes, ces conteneurs payent des patentes. Qui encaisse ces patentes ? Ce sont les services de l’État où de la commune. Cela veut dire qu’il y a des gens qui autorisent cette occupation anarchique. Lorsque maintenant, un beau jour, un ministre se réveille comme si une mouche l’a piqué pour venir détruire cela, ils ne vont pas jusqu’au bout, parce qu’il y a une complicité dans les responsabilités.

 

Au niveau de l’administration, de l’urbanisme, au niveau du gouvernorat, au niveau des mairies. Pourquoi les fonctionnaires qui sont responsables de ça ne sont pas sanctionnés pour faire un exemple afin que des telles choses ne se répètent pas ? Personne ne va dire mot et maintenant les populations sont doublement victimes. Victimes de construire des années et des années sur un endroit espérant avoir un logis pour leur famille et un beau jour, quelqu’un vient détruire tout cela alors que leur capacité financière ne leur permet plus de refaire ce qu’ils ont fait pendant des années.

 

Sans dédommagement, sans recasement, sans même des fois un préavis en bonne et due forme. Ça, c’est inacceptable dans un pays qui se dit religieux et croyant. C’est inacceptable, c’est injuste et ce n’est pas du tout admissible dans un État de droit », a déclaré le président de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée, qui déplore aussi de constater que l’État n’a pas investi dans la construction de marchés dignes de noms à Conakry.

 

« Regardez les investissements publics. Est-ce qu’il y a eu des marchés construits durant ces 60 ans d’indépendance selon les normes requises ? Absolument rien du tout. Le seul marché qui existe dans la capitale, c’est le marché du Niger qui a été construit durant la période coloniale. Le marché de Madina a été laissé à lui-même et de ce fait, c’est de façon désordonnée que des privés font des investissements pour combler les lacunes de l’investissement public, et ça vous donne le résultat que vous avez là.

 

Durant les 30 dernières années, la population de Conakry a peut-être quadruplé et rien dans l’investissement n’a été préparé pour aider les populations à avoir des logements, à avoir des routes, à avoir l’eau, à avoir des marchés, à avoir des terrains de jeu pour les enfants. Absolument rien du tout. Donc, ce qu’il y a là c’était tout à fait prévisible. Les Guinéens sont en train de payer encore la mauvaise gouvernance de plusieurs années de ce genre de comportement qui nous rend encore beaucoup plus misérables que par le passé ».

 

Bah Oury appelle les autorités à plus de responsabilité dans ses actions. « Nul ne conteste la nécessité d’assainir les routes et que l’État puisse, dans une certaine mesure, disposer d’espace pour faire certains investissements publics. Mais, cela doit répondre à des normes. Vous ne pouvez pas déloger des gens sans les reloger ailleurs. Vous ne pouvez pas détruire ce que quelqu’un a construit pendant des années et des années sans le dédommager.

 

Ça, c’est une question de respect de la dignité humaine. Si un citoyen n’a pas de moyen de se loger, l’État a l’obligation de le loger parce que le logement est une partie essentielle des droits essentiels des droits de l’homme. C’est tout cela qui fait qu’on veut faire croire qu’on est en train de faire du bien alors qu’on est en train de faire mal. La misère est en train de s’accentuer et la frustration devient de plus en plus grande », regrette l’opposant.

Alpha Assia Baldé

 Pour Guinnematin.com

Tél : 622 68 00 41

 

BAH Oury

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